MAJESTÉ BORÉALE
Tu chantes même en hiver
De la source à la mer
Puis tu danses au printemps
Parée de cristal et de satin blanc
Tu verdoies à l’ombre échevelée
Des grands saules éplorés
Et reçois en secret le rire du ruisseau
Abreuvant le cerf dans les roseaux
Silencieuse et profonde
Tu files à la douceur de l’onde
D’insondables remous et tourbillons
Tu portes les mystères du Monde
Majesté venue du Nord
Éternelle rumeur des banquises
Portant la montagne sur tes épaules de sable et d’argile
Tu serpentes et creuses ton sillon vers le sud
Te noyant au sein de la reine des Outaouais.
Mais avant de glisser dans l’oubli
Témoin des grandes amours, à ton flanc, serties
Citadelle accueillant les nouveaux nés
Tu raconteras les saisons d’éternité.
Saisons d’enfance à l’eau limpide
Où chaque jour criait sa joie
Saison de froidure pour les glacières d’antan
Saison d’abondance où la truite croisait la carpe
Mais aussi, saisons de mort
Héritées des humains
Accrochés à leurs rêves inutiles
En tes entrailles, tu recèles tant de sépultures !
Majestueuse Rivière du Nord
Pour moi, tu resteras toujours
Les feux de l’automne ou la noce givrée
La vie dans les nids et l’hymne sidéral
Des outardes tachées de liberté
Le héron qui se prend pour un arbre
Et l’enchantement de la corneille,
Messagère des grands espaces.
Murielle Gagné 2004