Description du bassin versant
Le bassin versant de la rivière du Nord est situé dans le centre et le sud de la région des Laurentides, à un peu plus de
30 km
au nord de Montréal. Ce bassin versant est caractérisé par des régions physiographiques et socio-économiques fort distinctes. La portion nord du bassin versant, sise sur le relief montagneux du plateau laurentien, se caractérise par la prédominance de la forêt, une densité démographique relativement faible et une vocation récréotouristique. La topographie s’aplanit graduellement vers le sud pour rejoindre les plaines des basses terres du Saint-Laurent, où la qualité des sols permet la pratique d’une agriculture intensive et favorise l’urbanisation du territoire. À mi-chemin sur la rivière du Nord, la région métropolitaine de Saint-Jérôme marque la transition entre ces deux régions naturelles et constitue la zone la plus densément peuplée du bassin versant, en plus de rassembler la majorité des installations industrielles.
L’occupation du sol
L’analyse du bassin versant démontre que le territoire forestier occupe la plus grande partie du bassin versant et est principalement de tenure privée. La superficie forestière couvre plus de 1 500 km2, ce qui représente un peu plus de 70% du territoire (figure 1). Il est intéressant de noter que la prépondérance de la forêt privée à l’intérieur du bassin versant contraste fortement avec la situation observée à l‘échelle régionale des Laurentides, où la plus grande partie de la forêt (plus de 70 %) se situe en terre publique (AFPL 2001; MAPAQ 1998). Les terres en cultures constituent la deuxième forme la plus importante d’occupation du sol avec 10 % du territoire couvert dans le bassin versant (incluant les pâturages et les terres en friche), alors que les zones urbanisées et les milieux aquatiques (eaux de surface et milieux naturels humides) occupent chacun environ 5 % du bassin versant.
Le milieu humain
- Le territoire couvert par le bassin versant se répartit essentiellement entre cinq municipalités régionales de comté (MRC), approximativement comme suit : 662 km2 (30 %) dans la MRC d’Argenteuil, 599 km2 (27 %) dans la MRC des Pays-d’en-Haut, 526 km2 (24 %) dans la MRC des Laurentides, 249 km2 (11 %) dans la MRC de la Rivière-du-Nord et 157 km2 (7 %) dans
la MRC Mirabel
(tableau 1). Au niveau municipal, on dénombre 27 municipalités ayant plus de 5 % de leur superficie à l’intérieur du bassin versant de la rivière du Nord. La population estimée pour le bassin versant était de 170 732 habitants lors du recensement de 1996 (tableau 2). Depuis une trentaine d’années, on observe une augmentation marquée de la population dans les Laurentides, et plus particulièrement dans le sud du bassin. L’augmentation de la population s’est traduite par un étalement urbain important, particulièrement pour les MRC de la Rivière-du-Nord et de Mirabel, ce qui hausse la pression sur le milieu naturel. Le bassin versant est aussi marqué par la transformation de chalet en résidence permanente qui résulte d’un exode de la ville vers les milieux naturels des Laurentides.


- La rivière du Nord s’écoule du nord vers le sud sur une distance de
141 km
(Bérubé 1992). Elle prend sa source dans le lac de la Montagne noire (à l’extrémité nord du bassin versant), puis traverse la municipalité de Sainte-Agathe-des-Monts pour poursuivre son chemin vers le sud-est, parallèlement à l’autoroute des Laurentides. À la hauteur de Saint-Jérôme, elle quitte le plateau laurentien et bifurque brusquement en direction du sud-ouest pour longer le pied de l’escarpement laurentien jusqu’à Lachute. Elle descend ensuite vers le sud et traverse la municipalité de Saint-André-d’Argenteuil, avant de rejoindre la rivière des Outaouais. Le bassin versant de la rivière du Nord est par conséquent un sous-bassin de la rivière des Outaouais, laquelle à son tour fait partie du grand système hydrographique du fleuve Saint-Laurent.
Parmi ses principaux tributaires, la rivière du Nord reçoit sur sa rive ouest, de l’amont vers l’aval, les eaux du ruisseau Noir (Sainte-Agathe-des-Monts), des rivières aux Mulets et à Simon (Sainte-Adèle), des ruisseaux Bonniebrook et Williams (Saint-Canut et Lachute) et de la rivière de l’Ouest (Lachute). Sur sa rive est, elle reçoit les eaux des rivières Doncaster (Sainte-Adèle) et Saint-André (anciennement nommée
la rivière Rouge, à Saint-André-d’Argenteuil) (tableau 3).
- Les lacs constituent sans aucun doute une des plus grandes richesses du bassin versant de la rivière du Nord. On en compte plus de quatre cent cinquante, lesquels couvrent une superficie totale de près de 80 km2, soit plus de 3,6 % de l’ensemble du territoire (Bérubé 1992). Une trentaine de lacs s’étendent sur plus de 0,5 km2 (tableau 4 pour les plus importants).
Eau souterraine
L’eau souterraine est également une ressource fortement convoitée sur le territoire du bassin versant de la rivière du Nord. Elle sert principalement à des fins domestiques, agricoles, industrielles, récréatives et commerciales. Comme l’indiquent plusieurs études, le potentiel aquifère est particulièrement élevé dans la portion sud du bassin versant (qui correspond aux basses terres). Le roc sédimentaire fracturé et les dépôts de surface granuleux qu’on y trouve constituent des conditions géologiques favorables au captage des eaux souterraines.
Assainissement des eaux usées
Des efforts énormes ont été déployés au cours des dernières années à travers le Québec dans le but d’accroître le taux d’assainissement des eaux usées municipales. À l’échelle régionale, plus de 195 millions de dollars ont été investis à l’intérieur des cinq principales MRC du bassin versant de la rivière du Nord depuis 1978. Ces investissements ont permis la mise sur pied de nombreuses infrastructures pour la collecte et l’épuration des eaux usées domestiques.
Le bilan du secteur municipal révèle que 71 % de la population du bassin versant était desservi, fin 2003, par 18 stations d’épuration. Malgré les taux élevés de réduction obtenus par ces stations, les charges de contaminants déversées au réseau hydrographique par les effluents municipaux demeurent considérables. Par ailleurs, on observe un manque généralisé de connaissances au niveau de la sécurité, de la performance et de la conformité des installations individuelles d’alimentation en eau potable et d’assainissement des eaux usées, lesquelles desservent pourtant une proportion importante de la population.
Agriculture
Près de 300 exploitations agricoles sont répertoriées à l’intérieur du bassin versant. La superficie en culture occupe environ
20 000 hectares, soit 9 % du bassin versant pour un taux d’occupation de la zone agricole désignée de 50 % (tableau 5). Bien que, dans l’ensemble, les bilans des charges fertilisantes indiquent que le bassin versant dispose d’une capacité de support suffisante pour les activités agricoles existantes, des problèmes localisés sont cependant susceptibles de se manifester dans les secteurs où les activités d’élevage sont les plus concentrées, notamment au niveau des surplus de fumiers. Des améliorations substantielles à la situation actuelle devraient par ailleurs avoir lieu au cours des prochaines années avec le processus de conformation des exploitations face aux nouvelles dispositions réglementaires contenues dans le Règlement sur les exploitations agricoles (REA).

Industrie
La plupart des entreprises industrielles du bassin versant sont de petites et moyennes entreprises appartenant aux secteurs de la transformation du bois et des métaux, de l’agroalimentaire et de la chimie (tableau 6). Aucun inventaire à jour des industries émettant des rejets d’eaux de procédés potentiellement polluants n’est actuellement disponible. Cependant, une trentaine d’industries sont considérées potentiellement polluantes. Bien que les papetières de Saint-Jérôme et de Lachute fassent l’objet d’un suivi environnemental élaboré, les charges polluantes qu’elles rejettent à la rivière du Nord continuent d’être considérables, notamment au niveau des matières en suspension (MES) et de la demande biochimique en oxygène (DBO5). Par ailleurs, les deux tiers des industries du bassin sont raccordées à un réseau d’égout municipal et, par conséquent, sont assujetties aux normes de rejets à l’égout établies par la réglementation locale. L’efficacité réelle de ces mécanismes de contrôle peut être questionnée du fait que les municipalités ne disposent pas toujours de ressources suffisantes afin d’en assurer une application complète.

Écosystèmes aquatiques
Au chapitre des écosystèmes aquatiques, l’étude soulève que les connaissances actuelles sont insuffisantes à plusieurs égards. D’une part, la capacité actuelle de protéger adéquatement la ressource halieutique à l’échelle du bassin versant est fortement limitée due à l’absence de suivi des effectifs et de la santé des populations, en plus de la méconnaissance des zones de frai. D’autre part, on observe un manque de connaissance général au niveau des MRC du bassin quant à la localisation des milieux humides et la qualité de la bande riveraine. L’étude souligne par ailleurs que, étant donné la prédominance des terres privées à l’intérieur du bassin versant, la responsabilisation des propriétaires de terrains riverains et de lots boisés doit être considérée comme une composante essentielle de toute stratégie pour la protection des milieux humides, de la bande riveraine et des habitats fauniques.
Références
- Brown, J., Gravel, B., Barbe, F., Deveault, C. et Provost, M-R (2006), Portrait et diagnostic du bassin vrsant de la rivière du Nord - version complète. Agence de bassin versant de la rivière du Nord, Saint-Jérôme, 312 p.
- Barbe, F. (2004), Vers une gestion intégrée du bassin versant de la rivière du Nord : Portrait et diagnostic du bassin. Essai de maîtrise, Université de Sherbrooke, Sherbrooke, 186 p.
- Deveault, C. (2005) Vers une gestion intégrée du bassin versant de la rivière du Nord : Portrait des activités forestières. Université de Sherbrooke. 166 p.
Qualité de l'eau
La rivière du Nord fait partie du programme « réseau-rivières », lequel comprend de nombreuses stations d’échantillonnage réparties sur le territoire du Québec afin d’effectuer un suivi de la qualité de l’eau au niveau des principaux paramètres physico-chimiques et bactériologiques. Les données sur la qualité de l’eau des rivières présentées dans cette section proviennent de la banque de données sur la qualité du milieu aquatique (BQMA), gérée par le MDDEP.
Actuellement, il y a trois stations d'échantillonnage permanentes sur le bassin versant de la rivière du Nord. On entend par station permanente un échantillonnage mensuel, et ce, de façon continue à travers les années. Pour chacune de ces stations, l'eau y est analysée depuis 1979, ce qui nous permet d'avoir un historique de la qualité de l'eau à ces endroits et d'analyser son évolution. Les tableaux suivants présentent ces résultats.
De façon complémentaire et ponctuelle, le ministère de l'Environnement du Québec a analysé la qualité de l'eau de certains tributaires de la rivière du Nord en fonction de certains besoins précis dans le cadre du même programme. Ces données sont également disponibles et permettront dans le futur de comparer une série d'échantillonnages avec les résultats antérieurs. C'est exactement ce qu'Abrinord fait cette année en collaboration avec la Station de biologie des Laurentides (Université de Montréal) et le « réseau-rivières » du MDDEP. Ainsi, nous allons suivre la qualité de l'eau pour 21 stations sur la rivière du Nord. Ce projet de collaboration permettra de mieux cibler les problématiques de qualité de l'eau et leurs sources potentielles.
N.B. La qualité de l’eau est évaluée avec l’indice de qualité bactériologique et physico-chimique (IQBP) qui intègre dix descripteurs conventionnels considérés prioritaires : le phosphore, les coliformes fécaux, la turbidité, les matières en suspension, l'azote ammoniacal, les nitrites-nitrates, la chlorophylle « a » totale, le pH, la demande biochimique en oxygène (DBO5) et le pourcentage de saturation en oxygène dissous (MENV, 2003). Suite à une série d'opérations avec les données brutes, il en résulte un sous-indice variant de 0 (eau de très mauvaise qualité) à 100 (eau de bonne qualité).
Comment se lit l'IQBP ?

Historique de la qualité de l'eau de la rivière du Nord aux trois stations permanentes
(données brutes disponibles auprès du MDDEP)
Historique de la qualité de l'eau des stations secondaires (tributaires)
(données brutes disponibles auprès du MDDEP)

Dépassement des 4 critères de l'eau de surface : légende

De plus, il est possible d'analyser la qualité de l'eau aux différentes stations d'échantillonnage en fonction de certains critères de qualité de l'eau et de la fréquence de dépassement de ces critères par les échantillons. Voici donc un tableau qui résume les dépassements de 4 critères de la qualité de l'eau de surface.
Historique des fréquences de dépassement des critères de la qualité de l'eau de surface pour les stations permanentes et la station témoin

L'étude sur la qualité de l'eau de la rivière du Nord en 2006 est un projet en cours avec la Station de biologie des Laurentides.
Pour aller plus loin...
Nouvelle page : bref historique de la concentration en coliformes fécaux aux stations d'échantillonnage de la rivière du Nord.
Pour connaître les rejets de votre station d'épuration, consulter le rapport d'évaluation de performance des ouvrages municipaux d'assainissement des eaux pour l'année 2007 (ouvrages de surverse et stations d'épuration)- MAMR- 199 p.- 1,03 Mo
N'hésitez pas à consulter notre lexique !
Liens vers notre section limnologie/qualité de l'eau !
Avis : Ces données présentent une image ponctuelle de la qualité de l'eau à un moment et à un temps donnés. Celles-ci peuvent varier de façon importante dans le temps. Il faut donc prendre avec précaution ces informations.
A venir bientôt...
Parallèlement au travail réalisé sur les cours d'eau, Abrinord travaille en collaboration avec divers intervenants à évaluer la qualité de l'eau des lacs et leur sensibilité aux apports en nutriments. Ainsi, Abrinord est, depuis 2005, gestionnaire du projet SIADL (Système d'Information et d'Aide à la Décision des Laurentides), démarré par les MRC d'Argenteuil, de la Rivière-du-Nord, des Pays-d'en-Haut et des Laurentides. Ce projet consiste à créer un système d'information géographique (SIG) relatif à l'eau et aux paysages. Actuellement, l'énergie mise dans ce projet est essentiellement tournée vers les lacs. Plusieurs actions sont menées de front dans le but de caractériser les lacs et leur bassin versant, la sensibilité des bassins versants et les zones à risques d'érosion, ainsi que d'évaluer, à partir de modélisation (calcul mathématique), la qualité de l'eau (dont la concentration en phosphore,etc). Les premiers résultats obtenus sont issus d'un travail réalisé par la division du patrimoine écologique du MDDEP. Il s'agit d'évaluer la sensibilité et la vulnérabilité des lacs aux apports en nutriments. Nous travaillons actuellement à mettre en place le modèle de calcul du phosphore du Dr Carignan. Ces efforts sont réalisés afin de donner aux gestionnaires et décideurs des outils décisionnels pour la gestion du territoire.
- Sensibilité des lacs du bassin versant de la rivière du Nord
Avis : Ces données sont issues d'une caractérisation des lacs avec des outils informatiques. La précision des résultats est très variable. Il faut prendre ces résultats à titre indicatif et non comme la vérité absolue. Ils permettent cependant de dégrossir la situation et de comparer les lacs entres-eux.
- Vulnérabilité des lacs du bassin versant de la rivière du Nord
Avis : Ces données sont issues d'une caractérisation des lacs avec des outils informatiques. La précision des résultats est très variable. Il faut prendre ces résultats à titre indicatif et non comme la vérité absolue.Ils permettent cependant de dégrossir la situation et de comparer les lacs entre-eux.
- Critères de qualité de l'eau de surface au Québec
Il existe une multitude d'éléments chimiques dans les cours d'eau et les plans d'eau. Plusieurs de ces éléments peuvent avoir un effet sur la qualité de l'eau ou sur le milieu. Afin de protéger l'eau au Québec, le MDDEP a créé un répertoire qui contient des critères de qualité narratifs, numériques et de toxicité globale relatifs à chacun des usages de l’eau pour plus de 300 contaminants. Voici un résumé des quelques critères relatifs aux paramètres suivis dans le cadre du programme réseau-rivières.



Source : http://www.mddep.gouv.qc.ca/eau/criteres_eau/index.htm
La classification de la qualité de l'eau pour la protection des activités récréatives
Le ministère du Développement Durable, de l’Environnement et des Parcs utilise une classification de la qualité de l’eau basée sur les teneurs en coliformes fécaux, afin d’évaluer si celle-ci est suffisamment sécuritaire pour qu’on puisse l’utiliser à des fins récréatives. La présentation des résultats diffère selon le type de programme de suivi : celui du Réseau-rivières et le programme Environnement-plage.
Classification de la qualité de l'eau utilisée pour les usages récréatifs |
Qualité de l’eau |
Coliformes fécaux/
100 millilitres |
Explication |
Excellente |
0-20 |
Tous les usages récréatifs permis |
Bonne |
21-100 |
Tous les usages récréatifs permis |
Médiocre |
101-200 |
Tous les usages récréatifs permis |
Mauvaise |
Plus de 200 |
Baignade et autres contacts directs avec l’eau compromis |
Très mauvaise |
Plus de 1000 |
Tous les usages récréatifs compromis |
Source : http://www.mddep.gouv.qc.ca/eau/recreative/qualite.ht
N'hésitez pas à consulter notre lexique !
Cartes
Le bassin versant de la rivière du Nord Les principaux sous-bassins versants |