Les services écosystémiques ; attribuer une valeur économique à nos écosystèmes

Les services écosystémiques ; attribuer une valeur économique à nos écosystèmes

Le concept de services écosystémiques s’est concrétisé vers la fin des années 1990. Bien que ne faisant pas l’unanimité, il a depuis gagné en popularité et en crédibilité, devenant un argument de poids pour la protection des milieux naturels1. Ce principe considère les écosystèmes comme des fournisseurs de services à la société et leur attribue une valeur monétaire. Ces services sont divisés en quatre catégories : services d’approvisionnement, de régulation, culturels et de support. Un milieu naturel, comme une forêt ou un marais, peut fournir divers services. Par exemple, les milieux humides filtrent l’eau et contribuent à en réguler le niveau2. La conservation de zones humides à l’intérieur ou en périphérie des villes diminue donc les risques d’inondations et favorise une bonne qualité de l’eau.BS_eco Dans cet exemple, la valeur économique associée serait calculée en prenant compte de la diminution des coûts d’entretien, des sinistres et des traitements supplémentaires nécessaires pour rendre l’eau propre à la consommation. Il y a aussi une valeur attribuée à l’importance de l’eau potable pour notre survie. Cette démarche permet donc d’insérer les services fournis par les écosystèmes dans l’économie et d’en tenir compte lors de décisions relatives à l’aménagement du territoire.

En 2014, l’ensemble des services écosystémiques pour la grande région de Montréal qui comprend, entre autres, le contrôle de la qualité de l’air par les végétaux et la pollinisation par les insectes a été évalué à 2,2 milliards de dollars par année3.

Un projet avant-gardiste
La ville de New York a adopté la perspective des services écosystémiques en réponse aux amendements de 1996 du Safe Drinking Water Act4. Plutôt que d’investir dans de nouveaux procédés de filtration de l’eau potable, un comité formé de nombreux experts a favorisé l’acquisition de terrains en amont du bassin versant des Catskills pour protéger à la source l’eau de consommation des New-yorkais de la pollution et du développement urbain. Cette démarche a coûté autour de 1,5 milliards de dollars, une économie substantielle puisque les travaux de modernisation de l’usine de traitement étaient évalués à 8-10 milliards. Ce projet d’envergure a aussi permis de protéger la biodiversité en conservant des habitats naturels. L’eau est d’excellente qualité et est maintenant en partie exportée. Cela génère des revenus. Combinées avec la création d’emplois et l’écotourisme, les retombées étaient évaluées en 2006 à 100 millions de dollars par année5.

L’engagement d’Abrinord
La rivière du Nord fournit en eau potable les habitants de Saint-Jérôme et une partie de Mirabel. Elle est une ressource autant vitale que fragile et a une grande valeur économique. Le concept de services écosystémiques est bien ancré dans les projets d’Abrinord.

Par exemple, nous travaillons actuellement en collaboration avec les Universités du Québec à Rimouski (UQAR), à Trois-Rivières (UQTR) et Concordia sur l’approche par espace de liberté pour la rivière du Nord et quelques tributaires dans la MRC d’Argenteuil. L’applicabilité de cette approche, qui favorise un espace naturel permettant aux cours d’eau de fluctuer plus librement et de s’autoréguler, sera évaluée dans le cadre de ce projet. Les bénéfices économiques de l’espace de liberté sont nombreux et sont pris en compte dans l’étude.

Dévoilée en avril dernier, la cartographie des milieux humides est un outil formidable pour gérer l’aménagement du territoire. Rappelons que la conservation de milieux humides en zones périurbaines atténue les fluctuations des niveaux d’eau et contribue à la qualité de l’eau par son pouvoir de filtration.

Informez-vous davantage en consultant les liens internet de la bibliographie.

Bibliographie
1- Méral, P. 2012. Le concept de services écosystémiques en économie : origines et tendances récentes. Nature Sciences Société recherche et débats interdisciplinaires (20) : 3-15.
2- Constanza R. d’Arge R. de Groot R. Farberk S. Grasso M. Hannon B. Limburg K. Naeem S. O’Neill R. V. Paruelo J. Raskin R. G. Sutton P. Van den Belt M. 1997. The value of the world’s ecosystem services and natural capital. Nature (387) : 253-260. http://www.esd.ornl.gov/benefits_conference/nature_paper.pdf
3- Dupras J. Alam M. Revéret J-P. 2014. Economic value of Greater Montreal’s non-market ecosystem services in a land use management and planning perspective. The Canadian Geographer : 1-14. Consultez-le en ligne à http://isfort.uqo.ca/sites/isfort.uqo.ca/files/fichiers/publications_ISFORT/dupras_2014_greater_montreal_ecosystem_value.pdf
4- Environmental Protection Agency – United States. 2004. Understanding the Safe Drinking Water Act. Document consulté en ligne. https://www.epa.gov/sites/production/files/2015-04/documents/epa816f04030.pdf
5- Kenny A. 2006. Ecosystem services in the New York city watershed. Ecosystem Marketplace. Consultez-le en ligne à http://www.ecosystemmarketplace.com/articles/ecosystem-services-in-the-new-york-city-watershed-1969-12-31/